Respect des univers, détournement, originalité, des approches de la figurine différentes !

Introduction :

L’année dernière, j’ai dû plancher sur le sujet suivant dans le cadre d’un cours de français : « Les formes et règles de la poésie sont-elles un obstacle à l’imagination et la création du poète ? »

A la fin de la dissertation, on arrivait à la conclusion suivante : Les règles et codes de l’art poétique (rimes, pieds, etc.) fixés par les auteurs classicistes sont un cadre rassurant pour le poète, qui, n’ayant plus à se soucier de la forme, peut consacrer tout son talent et sa réflexion au fond de son texte. Cependant, les poètes symbolistes et surréalistes, en passant outre ces règles formelles, donnent une nouvelle dimension à la poésie qui devient suggestive. Par le biais de méthodes telle l’écriture automatique (dictée de la pensée en l’absence de tout contrôle exercé par la raison), ils peuvent laisser libre cours à leur créativité et ainsi coucher sur le papier le fruit même de leur imagination, de leur inconscient, pour former des images originales et novatrices.

La littérature n’est peut-être pas ce qui vous passionne le plus (et dans ce cas désolé pour ce long paragraphe de digression !), toujours est-il que j’ai récemment tenté d’appliquer ce questionnement à notre loisir, la peinture de Figurines.

Analyse :

Le respect des Univers.

Lorsqu’on débute, on essaie de mettre en couleurs le petit bonhomme de plastique sans faire de gros pâtés. A ce moment là, on est tous dans le même bateau. Une fois que l’on a assimilé les techniques intermédiaires, on commence à choisir l’orientation de sa peinture, l’ambiance que l’on veut créer sur la pièce. Et c’est là que l’on remarque que deux choix sont possibles, pouvant séparer les peintres en deux groupes.

Premièrement, ceux qui, pour leurs réalisations, privilégient l’aspect réaliste et conforme à l’univers d’où est issue la figurine (fantastique, futuriste ou historique). Lorsqu’ils innovent en faisant des conversions ou des sculptures intégrales, ils restent dans le cadre de ces « backgrounds ». Bien que choisir l’ambiance ou l’histoire racontée par la pièce leur demande une bonne réflexion (l’œuvre de Tolkien, pour ne citer que lui, est très vaste et présente une multitude de situations pouvant inspirer le peintre), en restant fidèles à ces « toiles de fond » et en réalisant des scènes plutôt conventionnelles, ils peuvent se concentrer pleinement sur la peinture, le choix des teintes et des techniques. Ce qui donne la plupart du temps des résultats époustouflants, mais quelques fois une impression de « déjà vu » concernant la mise en scène.

Exemples de pièces appartenant à cette catégorie :

Un duel de Julien Casses opposant Space marine et Tyranide.

Un duel par Mathieu Fontaine.

Un buste Historique de Raphaël Chemouny (LaFaf 75).

Et dans une moindre mesure, mes figurines qui suivent cet état d’esprit de respecter les univers.

Le détournement et l’originalité :

D’autres peintres sentent le besoin de s’approprier l’univers, de le tourner en dérision ou de faire des pièces totalement inédites. Les univers, même s’ils ne sont pas réellement une contrainte, ne sont pas au centre de leurs préoccupations. Réaliser une pièce décalée, osée, satirique ou totalement marginale au risque de faire un flop, ou d’être incompris. Voici une version de Yarry « disco », par Jean Pierre Pajoux, que m’a indiqué Yandegio lors de la review de cette même figurine :

OGMan par Jérémie Bonamant Teboul.


Un « Thork » (contraction de « Thor », le super héro de Comics et « Ork ») peint par Grobelin.

Je pense faire partie de cette catégorie (bien que je peigne aussi des figurines respectant au poil l’univers de tolkien ou de GW, comme montré plus haut). En effet, même si mon niveau n’est pas élevé, j’essaie de me démarquer en peignant des figs qui font sourire, ou qui interpellent. La plupart des petits bonshommes qui sont passés entre mes mains ont été déplacés de leur contexte d’origine. Par ailleurs, il y a peu, j’ai essayé pour la première fois de peindre une figurine d’un thème spécialisé et pas souvent utilisé : un casque de moto. Constituant un pont entre mes deux grandes passions, la peinture de figurines et la course moto, il m’a aussi permis de rendre hommage à un pilote décédé en course, Marco Simoncelli. Une expérience très enrichissante et dépaysante à mon goût. J’ai tout de même suivi les « codes » de l’univers des courses moto, comme l’aspect de la piste, les traces de pneus au sol, le casque du pilote et son design spécifique. Cela montre combien la question est vaste et pleine de nuances !

Pièces atypiques :

Le casque de Moto.

Et d’autres de mes figs, le hobbit monocycliste, converti à partir d’une figurine EDEN, le rasta gollum et les Fourmis des Rizières.

Je laisse désormais la parole à Cyril qui va nous parle de sa réalisation du Cervin et de ses animaux.

«  Comme certains ont pu le suivre sur le blog, j’ai décidé de réaliser un modelage du Cervin. L’idée a germée après avoir regardé de nombreux reportages sur l’alpinisme, mais le sommet du Cervin n’était pas l’objectif initial, car je voulais réaliser avant tout la sculpture d’une chaîne de montagnes. C’est lors d’un weekend à Chamonix que j’ai commencé la sculpture et que j’ai décidé, après avoir visité de nombreuses librairies, de réaliser ce sommet.  J’aime beaucoup sa forme pyramidale et la façon dont il s’élève dans le ciel, il a quelque chose de divin. Le but de ce projet est également de partager avec les autres ma passion pour la montagne, d’essayer de les faire s’intéresser à l’alpinisme. En ce qui concerne les figuines animalières, j’aime les réaliser parce que je suis un peu lassé par les sujets fantastiques et par les mêmes rendus qui dépeignent sur les figurines de type Warhammer. J’ai toujours trouvé une gazelle plus beau qu’un Space marine. L’autre intérêt est également de pouvoir se concentrer sur une couleur en particulier, de ne pas s’attarder sur des détails inutiles, de se donner à chaque fois le défi de respecter la nature et la réalité. Enfin j’aime peindre des animaux car, comme le disait Léo Ferré, ce sont des être que personne ne protège. Le monde animalier est un monde tès diversifié, beaucoup plus que l’espèce humaine, il est est une partie intégrante de la Terre là où l’homme n’y semble même pas intégré. Les animaux ont cette particularité de faire corps avec elle et de ne jamais là souiller. La figurine animalière nous rappelle que des êtres nous entourent et que nous ne sommes pas seuls. »

 

 En fait, même si l’on ne les ressent pas forcément comme des contraintes bloquant notre créativité, se défaire des règles et codes des univers relatifs à nos figurines permet de laisser s’exprimer pleinement notre imagination, qui est bien souvent influencée par nos passions. Ainsi, se libérer des normes et « contraintes » des univers d’origine des figurines revient à les remplacer par des normes d’univers que nous choisissons nous mêmes, au risque de se perdre dans ces choix, ou de tomber « à côté de la plaque ». Cependant, il est en général très difficile de s’affranchir pleinement d’un cadre qu’il soit historique/fantastique ou lié à nos passions, car ces thèmes ont tous leur place dans notre imaginaire, et influent donc sur notre créativité.

Conclusion :

Au final, nous retrouvons la conclusion de la dissert’ de français : le cadre permet au peintre de mobiliser la plus grande partie de ses efforts sur la peinture et la technique (même si décider de l’histoire racontée par sa figurine lui demande de bien cogiter), ce qui donne un résultat saisissant mais pas tellement novateur. Par contre, le peintre qui décide de changer la figurine de son contexte initial laisse son imagination aux commandes, satisfaisant son désir de créativité pour aboutir à une pièce atypique et en dehors des clous. Cette innovation peut compenser une technique moins poussée (comme dans mon cas) ou séduire le public.
Mais la peinture de figurines est tout d’abord un travail personnel, décider d’innover quant à l’ambiance et le contexte d’une fig demande beaucoup d’efforts et de réflexion, ce qui fait que l’on est un peu moins frais pour la peinture. Sauf si on y consacre des mois et des mois, bien que dans ce cas, on puisse en avoir vite ras le bol, saturer et donc faire de mauvais choix qui affecteront le résultat final. C’est à vous de choisir, sans aucune obligation puisque beaucoup de peintres alternent entre ces deux « philosophies peinturluresques ».

Il n’y a donc pas de grand schisme dans la communauté des peintres de bouts de métal/plastoc/résine, et tant mieux comme ça ! Parce que quelque soit l’orientation d’une figurine, elle peut servir d’exemple et de source d’inspiration pour n’importe qui !

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À propos d’Antoine

Habitant à Madrid cette année, j'essaie de raconter des fragments de cette vie étrangère dans les "cartes postales venues d'ailleurs". En vous souhaitant une agréable visite dans ce monde de p'tits bonshommes, à bientôt !