Après l’avoir admirée lors d’un précédent voyage, je me retrouvais le dimanche 16 novembre sous le Croix de Chambéry. Dans les brumes d’Automne, une aventure se dessinait.
Toujours cette brume, partout. Le train dévoile l’espace de la France, le paysage de ses belles campagnes. Ces fermes et ces maisons en pierre ilustrent un art de vivre fondé sur des valeurs, du travail, de l’entraide : l’art du paysan est précieux.
Rencontrer une ville
En arrivant à Chambéry, des montagnes sortent des nuages, enneigées ! Il s’agit du Mont Granier et de la Pointe de la Galoppaz ! Ces sommets de 2000m mètres dominent l’arrière plan du paysage, et créent de leur simple présence une attraction pour le monde de l’altitude. En débarquant sur le quai de gare, la Croix me fait face. Haute, reculée, surplombante ! Je sors de la gare après un deuxième petit déjeuner qui me remplit d’énergie.
Les nuages ont recouverts les sommets que j’admirais il y a quelques minutes. Il me faut tout d’abord contourner la gare, pour sortir de la ville dans la bonne direction. J’aborde un trottoir pendant plusieurs kilomètres et me glisse peu à peu hors de l’agglomération. Je finis par arriver tout près de quelques usines, dont l’architecture m’évoque l’esthétique et la libre action des jeux vidéos. Imaginez-vous en train de grimper cette échelle, découvrir un espace jamais fréquenté.
En observant la ville, maintenant que j’en suis détaché, je comprend mieux une phrase de David Belle : «Des millions de personnes habitent ici. Mais personne n’est ici.» Du moment qu’il y a de l’espace, des structures, l’homme peut toujours créer, avec sa tête et son corps.
L’appel de la Nature
Je suis presque au pied de la montagne, je poursuis la route jusqu’au premier chemin qui plonge en pleine forêt. Les jambes parcourent le sol tantôt sec ou mouillé, recouvert de feuilles, de branches, de racines. Les sensations s’installent. Je finis par arriver sur une zone dégagée, qui m’offre non seulement une meilleur vue sur la croix, mais aussi un panorama exceptionnel entre le lac du Bourget devant, et la ville de Chambéry derrière ! La beauté m’entoure.
Je replonge dans l’ombre des arbres et découvre, dans une une terre fissurée, des blocs de pierre disposés d’une façon que je n’avais encore jamais vu. Le monde des profondeurs, le voyage au centre de la terre, s’imprime en moi ! Je suis le sentier sur une fine crête, prenant en compte les panneaux qui indiquent deux villages situés sous la montagne. Je me trompe de chemin pour arriver près d’un ruisseau, puis retrouve ma route après avoir parcouru un sol de feuilles d’Automne. Se jeter dedans est ce qu’il y a de plus raisonnable à faire.
J’arrive à Verel-Pragondran, le petit village sous la Croix. J’observe les flancs et les passages éventuels, car c’est le moment de décider par quel versant monter, et de trouver son propre itinéraire.
Je prend le sentier de gauche et emprunte une montée régulière et exigeante. Arrivé à une nouvelle pancarte, je ne trouve plus de direction pour la Croix. C’est vrai que j’ai beaucoup marché sur la gauche, j’ai dû m’en éloigner. Mais j’ai confiance en la nature, elle sait toujours nous aider.
La montée débouche sur une petite plateforme, une genre de petite station qui accueille un Chalet-restaurant. Une route permet d’y accéder de l’autre versant. Je découvre devant moi les mêmes montagnes qui s’imposaient déjà depuis le Revard ! Une chaîne dont j’ignore le nom, et une partie du Mont Blanc ! La vue est splendide, une fine couche de neige a recouvert cette fois-ci les falaises.
L’arrivée
Le vent dévore mon abdomen, je reprend donc le chemin par une colline verte sur ma droite. La croix du Nivolet apparaît de nouveau, face à moi, tout droit ! Je me retrouve sur une grande aire de décollage pour parapentes et je m’envolerais presque. Chambéry est sous mes pieds, et les montagnes qui m’entourent rayonnent sous le soleil.
L’une des collines proche de la ville a une forme tellement ronde qu’elle voûte d’une façon circulaire. La ville est si loin, maintenant ! Je me rapproche de la croix par un nouveau chemin. Je perd sa trace lorsqu’il raccourcit, et je longe désormais la crête de la montagne. Les falaises plongent à la verticale, je me met à rêver d’escalades. Les forêts forment de grandes boules colorées célébrant l’Automne.
La distance fond sous mes pas, je retrouve cet instinct du déplacement, où je lit l’espace qui m’entoure sans me poser la moindre question. Seulement des gestes, plus besoin du langage.
J’arrive sur la Croix, saisit par une vue qui m’immobilise. Il fait tellement bon, ici, dans la fraîcheur, dans le vent ! Alors que je dîne d’un bon pic-nic, une petite grêle vient me rafraîchir encore un peu. Le temps passe et il faut repartir. J’ai oublié ma lampe et le jour tombe très tôt. Je prend pour descente le sentier des échelles. Un vent transperce ma couche de vêtements, me gèle, mais la suite de la descente me réchauffe. De petits marais et une lumière de fin d’après midi bercent mon âme.
Surprises & Merveilles
La descente est remplie de surprises. Un passage sous une grande muraille éboulée, puis les cascades de la Doriaz ! Les chutes d’eau enchantent la forêt de leur son, puis elles s’offrent à nous ! D’abord les premières chutes, puis en remontant un sentier, le cœur du sujet ! De l’eau sort directement du rocher. Les élements se recontrent et se frayent un chemin.
Puis je reprend la descente, et une douce lumière éclaire le chemin et ses pierres. C’est dingue, cette atmosphère !
J’arrive de nouveau près d’un village, puis débouche sur une route. J’espère bientôt retrouver un chemin. La nuit est lente à se poser, je marche encore éclairé. Lorsque l’obscurité a envahit l’espace, je suis encore en train de longer la route, ébloui par les voitures et leurs phares. Il faut faire attention en permanence. Puis vient un tunnel face à moi. Et le trottoir disparaît. Comment passer ? Je me suis rapporché de la ville, la circulation est devenue plus régulière et plus soutenue. Sur ma gauche la nature ne me permet pas de passer. Je réfléchit un moment pour analyser la situation.
Puis je comprend que si je ne veux pas faire demi tour (remonter tout le chemin serait long), je dois traverser le tunnel. Si je m’y prend bien, il n’y a pas de raison pour que cela se passe mal. Si je prend sur la gauche, face aux voitures, je cours le risque de me faire écraser. Si je prend à droite, il faut que je cours à toute vitesse pour qu’aucune voiture n’arrive trop vite derrière moi. Quand le calme règne dans la nuit, que bruit et lumière se sont éteints, je cours à toute allure sur la droite, concentré comme jamais. Le tunnel est court, ça va aller. Je franchis le passage et peux enfin me rassurer ! Une voiture est passée sur la gauche, j’ai eu la chance qu’aucune n’arrive trop vite par l’arrière. Heureux d’être sortit de cet obstacle, je prie pour ne plus retrouver de tunnels sur la route.
Je marche désormais sur la rive gauche, prêt à m’arrêter à la moindre rencontre. Je dois encore encaisser beaucoup de phares, des virages, mais c’est bientôt la fin ! Je débarque dans la ville, essaye de me repérer avec quelques panneaux, mais impossible de savoir où je suis vraiment. C’est grand, l’agglomération de Chambéry….
Je comprend que je suis dans la zone industrielle, et toutes les grandes surfaces dévoilent leurs enseignes. En me retournant, les silhouettes des montagnes s’offrent à moi. Rien n’est plus beau que leurs ombres effilées entre les étoiles ! Je m’imagine encore là-haut.
Je finis par arriver à la gare, qui me dévoile son charme dans la nuit. Et c’est le retour à Lyon, avec le sentiment d’avoir bien profité d’une vie aussi longue que courte.




























